L’Indonésie et l’automobile

Cet été, j’ai pu découvrir un pays où je n’étais jamais encore allé : l’Indonésie. Le voyage fut agréable avec des gens accueillants et sympathiques. En tant que passionné de voitures, j’observais le parc local au fil des jours. J’aperçus la première voiture française au bout du cinquième jour sur place. Il s’agissait d’une Peugeot 206. Plus tard, je croisais une Peugeot 406. Ensuite, au détour d’un virage, une Renault 18 apparut en état de décomposition avancée mais toujours roulante. La dernière voiture française aperçue lors de mon séjour était une Peugeot 505 carrossée localement en pick-up. À ce moment-là, je me suis dit que cela serait intéressant de rédiger un article sur l’automobile en Indonésie étant donné que le thème de fond d’Auto-Forever est de parler de toutes les voitures du monde. Malheureusement, l’idée m’est arrivée en fin de séjour et je n’ai pas fait de photos des voitures locales. C’est dommage mais c’est ainsi. Nous allons faire, comme à mon habitude, avec des photos presse constructeur retrouvées dans mes archives ou après quelques recherches sur la toile.

Je vais vous parler en premier lieu du marché indonésien de l’automobile avant de vous présenter l’histoire des productions locales par constructeur.

Drapeau de l'Indonésie
Carte de l'Indonésie - source : Google Maps

Les chiffres de l’automobile indonésienne


Avant de dévoiler quelques chiffres, il convient de parler de l’infrastructure routière et des conditions de circulation du pays. À l’endroit où je me trouvais, les routes étaient étroites et tortueuses. Le relief est souvent une difficulté dont il faut tenir compte. Les routes du littoral étaient de simple deux voies mais toujours assez étroites. Les rares boulevards autour de la capitale étaient quant à eux congestionnés en permanence.

En Indonésie, on roule à gauche comme en Angleterre ou au Japon. Sur la route, la circulation est chaotique. Les scooters et motos sont bien plus nombreux que les voitures. Les camions et les bus peuvent parfois être de gros calibre (jusqu’à 26 tonnes) sur des routes trop petites pour de tels gabarits. Au milieu de cela, les voitures au sens large, ce qui inclut les berlines, les crossovers, les minibus, les pick-up, les tout-terrains et les fourgons, circulent tant bien que mal. La vitesse moyenne d’un trajet se situe entre 20 et 30km/h. Au cours du trajet, la vitesse maximale ayant pu être atteinte a été de 80km/h. Il ne semblait pas y avoir de limitation de vitesses. Mais elles n’auraient été que de peu d’utilité parce que le flux de circulation et l’état des routes limitent naturellement la vitesse.

Cette situation donne l’impression d’un pays qui a accédé à la motorisation mais dont les infrastructures n’ont pas suivi. Les chiffres confirment cela. La production automobile indonésienne est passée de moins de 90 000 véhicules (voitures, camions et bus) en 1999 à près de 1 300 000 véhicules en 2014. Cela correspond à une croissance annuelle moyenne de près de 20%.

Le marché indonésien de l’automobile est fermé et protégé par des droits de douane élevés à l’importation. Ceci a permis de créer une industrie automobile locale dans le pays. Une autre conséquence est que les chiffres de ventes automobiles sont proches des chiffres de production.

Ainsi, au cours de l’année 2014, la production a approché 1,3 million de véhicules. Les ventes ont légèrement dépassé les 1,2 million d’unités. Les exportations ont été de 310 000 véhicules et les importations de 105 000 véhicules.

Production d'automobiles en Indonésie entre 1999 et 2014 - source OICA
Ventes d'automobiles en Indonésie entre 2005 et 2014 - source OICA

Les trois quarts du marché sont occupés par des véhicules à vocation familiales et utilitaires tels que les crossovers, les minibus, les monospaces, les pick-up, les fourgons et les camions. La part des petits voitures (segment A et B) est de 14,2% du marché. Les autres véhicules occupent une faible portion du marché indonésien y compris les tout-terrains.

Par marque, le leader est Toyota avec près d’un tiers du marché. En considérant ses filiales Daihatsu et Hino, le groupe Toyota possède plus de 50% de part de marché. Plus de 95% du marché est aux mains des constructeurs japonais.

Ventes par marque

2014

Toyota

399 119

Daihatsu

185 226

Honda

159 147

Suzuki

154 923

Mitsubishi

141 962

Nissan/Datsun

54 309

Hino

28 493

Isuzu

28 278

Chevrolet

10 018

Kia

8 936

Autres

37 608

Total

1 208 019

Source : Marklines


Ventes d'automobiles en Indonésie en 2014 par segment - source Marklines
Ventes d'automobiles en Indonésie en 2014 par marque - source Marklines

Le modèle le plus vendu en Indonésie est la Toyota Avanza avec plus de 160 000 unités par an représentant 18,4% du marché en 2014. Le tableau ci-dessous reprend les 20 premiers modèles les plus vendus en 2014 parmi les voitures particulières, les minibus, les tout-terrains et les pick-up double cabine.

Top 20 ventes VP

2014

Toyota Avanza

162 070

Honda Mobilio

79 288

Toyota Ayga

67 074

Daihatsu Gran Max

57 151

Toyota Innova

56 157

Suzuki Carry

49 662

Suzuki Ertiga

47 015

Daihatsu Xenia

46 710

Daihatsu Ayla

40 775

Honda Brio

38 784

Mitsubishi T120SS

29 378

Toyota Rush

29 609

Mitsubishi L300

26 394

Datsun Go

20 520

Daithatsu Terios

18 774

Toyota Fortuner

18 480

Toyota Yaris

17 774

Daihatsu Gran Max MB

14 125

Mitsubishi Pajero Sport

11 868

Toyota Hilux

10 213

Isuzu D-Max

8 400

Autres

29 240

Total VP

879 461

Source : Marklines

À titre d’information, voici les prix de quelques modèles sur le marché indonésien dans leur version de base. Les prix sont de septembre 2015. Ils ont été convertis en euros en utilisant le taux de change du 1er septembre 2015.

Liste prix

IDR

EUR

Daihatsu Ayla

84 550 000

5 333

Suzuki Karimun Wagon R

95 400 000

6 017

Datsun Go

103 650 000

6 537

Toyota Agya

109 830 000

6 927

Honda Brio

114 900 000

7 247

Honda Mobilio

176 500 000

11 132

Toyota Avanza

180 600 000

11 390

Nissan Gran Livina

192 500 000

12 141

Toyota Innova

233 650 000

14 736

Toyota Fortuner

424 800 000

26 792

Toyota 86

679 700 000

42 869

Toyota Land Cruiser SW V8

2 032 000 000

128 158

Sources : site local des constructeurs

Les modèles produits sur place ont des prix compétitifs. La plupart appartiennent au segment A et se positionnent donc en-dessous des Dacia Sandero et Logan que nous connaissons chez nous.

Si l’on compare une Toyota Agya et une Toyota Aygo du même segment, la première est autour des 7 000€ quand la seconde démarre à 10 000€. Un tiers de l’écart est liée aux taxes plus importantes chez nous (TVA de 20% contre 11% en Indonésie).

En revanche, nous remarquons que les véhicules importés ont des prix exorbitants en raison des droits de douane. Ainsi le coupé Toyota 86 s’affiche à un prix proche des 43 000€ contre 30 000€ chez nous. De même, le gros Land Cruiser Wagon V8 dépasse les 128 000€ par rapport à un prix qui tourne autour de 75 000€ en Europe.

Nous allons maintenant faire une revue de l’histoire et des modèles par constructeur.

Toyota


Toyota s’est établie en Indonésie en 1970 en formant une société conjointe avec l’entreprise locale PT Astra. La production démarre avec des Corolla et des Corona de l’époque. Les volumes de production étaient faibles au début.

Au cours des années 1970, plusieurs constructeurs estiment qu’il est nécessaire de concevoir une voiture adaptée aux pays du tiers monde pour permettre leur accès à la motorisation de masse. L’expérience démarre en Asie du Sud-Est. Les voitures sont qualifiées de BTV pour Basic Transportation Vehicles (véhicules de transport basique). Elles sont robustes et simples à fabriquer parce qu’elles doivent aussi être produites localement. Ces voitures doivent permettre le transport de personnes et de marchandises. Elles doivent être polyvalentes. Le déplacement sur des terrains difficiles doit être possible sans toutefois développer des tout-terrains pour contenir les coûts de production. Nous avons donc des voitures qui sont au croisement d’un break, d’un minibus et d’un tout-terrain avec une certaine modularité. Bref, on peut parler de crossovers même si cela pourra faire crier quelques experts en marketing.

Les premiers à lancer leur véhicule sont General Motors et Ford en 1972. Chrysler, Nissan, Toyota et Volkswagen se lancent aussi dans l’aventure. Mais la plupart des modèles disparaissent aux débuts des années 1980 à l’exception du Toyota Kijang. Ce-dernier fut lancé en décembre 1976 aux Philippines et en juin 1977 en Indonésie.

Le Toyota Kijang fut le seul BTV à atteindre son objectif qui était de motoriser les pays en voie de développement. Le Kijang est disponible en carrosserie crossover et pick-up. La première génération (KF10) disparaît en 1981 après 26 806 unités produites. La seconde (KF20/KF30) fut produite entre 1981 et 1986 en 101 668 exemplaires. Le troisième Kijang (KF40/KF50) est lancé en 1986. Sa production dure jusqu’en 1996. En 10 ans, 492 123 voitures sont fabriquées. En janvier 1997, la quatrième génération est présentée. Elle fut produite jusqu’en 2004 en 509 687 exemplaires.

En septembre 2004, la cinquième génération baptisée Kijang Innova apparaît. Elle fait partie d’un projet qui regroupe le nouveau pick-up Hilux et le tout-terrain Fortuner. Les trois véhicules partagent le même châssis. Leurs cibles sont les marchés des pays émergents où ils sont produits (Thaïlande, Brésil, Indonésie, Afrique du Sud) même s’ils peuvent être exportés sur d’autres marchés (Europe et Australie).

Entre temps, PT Astra est devenu une filiale de Toyota en 2003. En décembre 2003, Toyota lança le petit crossover Avanza. Ce nouveau modèle se positionne en dessous du Kijang. Il rencontre un succès important en Indonésie puisqu’il franchit le cap du million d’exemplaires produits en octobre 2011. La seconde génération est présentée en novembre 2011.

La domination de Toyota en Indonésie repose donc sur ces deux modèles : l’Avanza et le Kijang Innova. La marque offrit aussi d’autres petites voitures comme les Soluna et Vios, dérivées respectivement des Toyota Tercel et Yaris. Certaines Vios sont baptisées Limo. Ce sont des versions basiques exclusivement destinées aux chauffeurs de taxi. La Yaris est aussi proposée depuis sa seconde génération. La troisième Yaris est différente de celle que nous connaissons en Europe en étant près de 20 cm plus longue.

Dans le segment inférieur, Toyota propose la berline Agya depuis septembre 2012 et le tout-terrain Rush depuis novembre 2006. Ce-dernier est un jumeau du Daihatsu Terios. Il existe aussi en version longue depuis 2010.

Daihatsu


PT Astra a démarré l’assemblage de Daihatsu en 1969. Le constructeur japonais est une filiale de Toyota depuis 1967. Daihatsu est désormais le second acteur du marché indonésien qui est un des derniers de la marque avec le Japon, la Malaisie et Singapour. Plusieurs modèles spécifiques à l’Indonésie ont été proposés.

Le tout-terrain Rocky fut ainsi produit sous le nom de Taft jusqu’en 2006 alors que le modèle avait quitté les marchés européens et japonais dès 1999. Deux variantes à empattement long exclusives ont été proposées : un break 5p et un pick-up. Le Taruna est un autre modèle tout-terrain dérivé du Terios de première génération. Ce break cinq portes fut commercialisé entre mars 1999 et novembre 2006. À cette date, l’actuel Terios entre en scène. Une version longue 7 places est lancé en 2010.

En 1995, le minivan Zebra est commercialisé. Il cède la place au Gran Max en novembre 2007. Le Daihatsu Gran Max est le modèle jumeau du Toyota Lite Ace vendu au Japon. Un modèle plus huppé du Gran Max est lancé en mars 2009 : le Luxio.

Du côté des petites voitures, le premier modèle indonésien, dérivé de la Perodua Kancil malaisienne, est la Ceria produite entre 2001 et 2006. En décembre 2003, la Daihatsu Xenia, modèle jumeau de la Toyota Avanza est lancée. La seconde génération apparaît en 2011 comme pour l’Avanza. En septembre 2012, la Daihatsu Ayla apparaît. C’est le modèle jumeau de la Toyota Agya.

Suzuki


Suzuki produit en Indonésie depuis 1975. Son partenaire était la société PT Indohero qui fusionna en 1976 avec PT Indomobil pour former le groupe Indomobil. Ce-dernier absorba les sociétés PT Ismac en 1987 (assembleur de Nissan) et PT National (assembleur de Mazda) en 1991. Suzuki forma une société commune avec Indomobil en 1991. Celle-ci est devenue une filiale du constructeur japonais en novembre 2002.

Suzuki est le troisième acteur du marché indonésien. La place est disputée par Mitsubishi et, depuis peu, par Honda. Suzuki dispose de modèles adaptés au marché local. Le minivan Carry est le modèle phare de la marque. Il est épaulé avec succès depuis août 2004 par le minivan APV.

Les petits tout-terrains Jimny (appelé Katana à partir de 1988) et Escudo furent proposés jusqu’en 2007 pour le premier et 2001 pour le second. Ils ont été remplacés par leurs homologues plus modernes.

De nombreux modèles conçus par Maruti-Suzuki en Inde sont disponibles en Indonésie tels que le Karimun, dérivée du Wagon R, depuis 1999 ; l’Estilo, aussi dérivée du Wagon R, entre 2006 et 2012 et l’Ertiga depuis 2012.

Mitsubishi


Mitsubishi dispose d’une filiale en Indonésie depuis 1970. Il proposa essentiellement des minibus et des petits utilitaires. Le premier modèle fut le Colt T120 remplacé au début des années 1980 par le L300. L’appellation Colt T120 réapparaît au début des années 1990 sur le petit minibus et utilitaire Colt T120SS. Ce-dernier est le modèle jumeau du Suzuki Carry.

Les accords avec Suzuki ont abouti à un autre modèle jumeau : le minibus Maven proposé entre 2005 et 2007, frère du Suzuki APV.

Entre 1999 et 2005, Mitsubishi commercialisa le Kuda, un crossover concurrent du Toyota Kijang, mais sans réussir à le supplanter. Le Mitsubishi Pajero Sport lancé en 2008 se positionne face au Toyota Fortuner dans le segment des tout-terrains.

Honda


La société PT Prospect Motor a commencé à assembler des Honda à partir de 1975. Le japonais forma une société commune avec son partenaire en 1999.

Les petites berlines Honda rencontrèrent peu de succès en Indonésie. La City est un modèle plus spécifique au sud-est asiatique depuis 1996. La petite Jazz a été lancé en février 2004. Cette voiture en est à sa troisième génération comme au Japon ou en Europe.

En 2011, la Brio, berline hatchback du segment A, est présentée à destination des marchés émergents. Le modèle ne rencontre pas vraiment le succès jusqu’au lancement de sa version break appelée Mobilio en 2014. C’est cette voiture qui a permis à Honda de passer de la cinquième à la troisième place du marché indonésien l’an passé.

Nissan


Nissan se positionne sixième sur le marché indonésien. Il y assemble des voitures depuis 1969 et y a établi une filiale en 2001.

L’Indonésie est le pays où le tout-terrain Terrano de première génération, lancé en 1986, connut une longue seconde carrière entre 1993 et 2008.

En mars 2007, Nissan propose un monospace pour les marchés émergents : le Livina. Bien que cette voiture ressemble à la Nissan Note, elles n’ont rien en commun. La gamme Livina s’étoffe avec la version courte en janvier 2008 et la version au look tout-terrain en mai 2008.

Face aux Toyota Yaris, Daihatsu Sirion, Suzuki Swift, Honda Jazz et Mitsubishi Mirage, Nissan propose sa March équivalente à notre Micra.

Dans le segment inférieur, Nissan a fait renaître sa marque Datsun pour proposer la Go disponible en berline hatchback et en break. Elle concurrence les Toyota Agya, Daihatsu Ayla, Suzuki Celerio et Honda Brio/Mobilio.

General Motors


General Motors commença à assembler des véhicules en Indonésie dans les années 1960. Il s’agissait alors de Holden australiennes et de Chevrolet nord-américaines. Opel arriva au cours des années 1970 avant de s’imposer comme l’unique marque GM en Indonésie. En septembre 1993, une société commune entre General Motors et son partenaire est formée. Elle est filialisée en novembre 1997.

Opel proposa quelques modèles aux appellations originales. Ainsi l’Opel Astra de première génération a été vendue comme Opel Optima entre 1995 et 1999. De même, l’Opel Blazer, exclusif à l’Indonésie et modèle jumeau du Chevrolet Blazer nord-américain, fut vendu entre 1995 et 2002.

En 2002, la marque Opel est abandonnée au profit de la marque Chevrolet. L’Opel Blazer devient Chevrolet Blazer. Le modèle ne dérive alors plus de la version nord-américaine mais de la variante brésilienne. Entre 2002 et 2007, Chevrolet proposa le crossover Tavera, modèle jumeau de l’Isuzu Panther et concurrent du Toyota Kijang. GM cesse ses opérations de production en Indonésie en 2007. Depuis lors, les voitures vendues en Indonésie proviennent de Thaïlande. La Chevrolet Aveo concurrence la Toyota Vios sur le marché des petites berlines taxi. Depuis 2013, Chevrolet commercialise le crossover Spin face au Nissan Livina.

Isuzu


Isuzu est présent en Indonésie depuis 1974 où il assemble des camions, des fourgons, des minibus, des crossovers, des tout-terrains et des pick-up. Il propose un concurrent au crossover Kijang depuis 1978. Celui-ci devient le Panther en 1991. La seconde génération a été lancée en 2000. Il porta sa participation financière dans son assembleur PT Pantja de 12% à 45% en avril 2008. Face au pick-up Toyota Hilux, Isuzu offre son pick up D-Max. Le tout-terrain MU-X en est dérivé. Il affronte les Toyota Fortuner et Mitsubishi Pajero Sport.

Ford et Mazda


Ford et Mazda cessèrent leur activité d’assemblage en Indonésie en 2001. Depuis, ces marques sont importées. Les Ford proviennent essentiellement de Thaïlande. La Ford Fiesta a été la première voiture non japonaise croisée pendant mon séjour. J’eus aussi le plaisir de découvrir deux Mazda que je ne connaissais absolument pas.

Mazda proposa un modèle spécifique au marché indonésien entre 1985 et 1997. Quand j’ai découvert cette voiture, je me suis demandé de quoi il s’agissait. La voiture ressemble à une 323 des années 1970, propulsion donc, avec un avant de 626 du début des années 1980. Après quelques recherches, cette « bâtarde » se nomme MR90. C’est une voiture rustique et robuste sur la base de la Mazda 323 produite au Japon entre 1977 et 1980 avec une calandre de Mazda 626 de la génération 1982-1987.

La seconde Mazda portait le badge VX-1 sur son hayon arrière. La voiture est moderne. C’est un petit crossover concurrent des Toyota Avanza, Daihatsu Xenia et Suzuki Ertiga. Et justement, la Mazda VX-1 est le modèle jumeau de la Suzuki Ertiga. Elle a été lancée en mai 2013.

Marques allemandes


Pour éviter des droits de douane excessifs, BMW et Mercedes-Benz assemblent des voitures en Indonésie. Les BMW sont assemblées par PT Gaya depuis la fin des années 1970. La production locale de Mercedes a démarré dès les années 1960. La marque souabe dispose d’une filiale depuis l’an 2000. J’ai ainsi pu croiser plusieurs BMW Série 3 et Série 5. Les Mercedes sont plus rares. J’ai vu toutefois une Classe S de la série W140.

Volkswagen assembla des voitures en Indonésie entre 1971 et 1980. Il proposa un éphémère BTV nommé Komodo mais surtout la Typ 181. Cette-dernière étaient encore très présente sur les routes indonésiennes. Il faut dire que sa conception robuste et sa carrosserie ouverte se prête bien à ce pays tropical.

Marques françaises


Peugeot fit assembler des voitures en Indonésie par PT Gaya, la même société qui assemble les BMW, entre les années 1980 et 2005. Depuis les Peugeot sont importées au compte-goutte. Renault importe aussi des voitures en quantité limitée. Des Citroën ont été produites en Indonésie jusqu’en 1994. Il s’agit des modèles suivants : la Dyane, la GS, la FAF, la CX et la BX. Actuellement, Citroën n’est pas présent en Indonésie.

Les coréens


Hyundai assemble des voitures en Indonésie depuis 1995. Une société commune a été formée en 1997 entre Hyundai et son assembleur PT Bimanteran.

Kia a débarqué en Indonésie en février 1996. Il forma dès le début une société commune avec PT Timor. Le projet était ambitieux. Il s’agissait d’établir une marque nationale indonésienne, Timor, sur le modèle de ce qui avait été fait en Malaisie avec le constructeur Proton. Timor avait le soutien du gouvernement Suharto.

Les premiers modèles commencèrent à être vendus en Indonésie à partir de l’été 1996. Il s’agissait simplement de Kia Sephia rebadgées et importées assemblées de Corée du Sud. La société PT Timor avait réussi à obtenir du gouvernement une exemption de droits de douane et de taxes frappant les véhicules importés en contrepartie de la promesse d’une production locale dans les trois années avec 60% de composants indonésiens et d’exportations. Des banques nationales financeraient la construction de l’usine. Cette affaire constituait une excellente opération pour Kia.

Toutefois, les constructeurs japonais, Toyota en tête, ayant consenti des investissements considérables depuis des années en Indonésie pour pouvoir produire sur place et ainsi échapper aux droits de douane et aux taxes à l’importation, ont protesté contre cette concurrence déloyale. Une menace de procès devant l’Organisation Mondiale du Commerce fut même prononcée. Finalement la crise asiatique de 1997 entraîna la faillite de Kia en Corée du Sud et la chute du gouvernement Suharto en Indonésie. Le projet Timor disparut en 1998.

L’assemblage de Kia démarra en Indonésie sous l’égide de Hyundai, nouveau propriétaire de la marque, à partir de 2001. Sur les routes, le minibus Kia Pregio est le modèle coréen que j’ai vu le plus fréquemment.

Les chinois


J’ai croisé peu de véhicules chinois lors de mon séjour. Pourtant les constructeurs Chery et Geely assemblent des voitures localement depuis, respectivement, août 2006 et juillet 2007.

Les chinois ne semblent pas être une grande menace pour le moment. Nous avons vu que les coréens n’ont pas réussi à s’implanter de manière significative sur ce marché. Le marché indonésien reste donc aux mains des constructeurs japonais. On peut s’interroger sur le fait de savoir si la production de véhicules avec un poste de conduite à droite pour la conduite à gauche ne constitue pas un avantage pour les japonais.

Voilà pour ce panorama aussi complet que possible de l’industrie automobile en Indonésie.